FEMMES D’ÉNERGIE


Les femmes font avancer la science mais restent souvent méconnues du grand public. Découvrez ces portraits de femmes aux trajectoires remarquables lors d’interviews inédits recueillis par Science Action Normandie à l’occasion de l’exposition Luminopolis. Percez les mystères de l’énergie en Normandie. 

À la rencontre de 

Corine LACOUR





Maître de conférence à l’INSA de Rouen  et chercheuse au laboratoire CORIA, ses recherches concernent l’analyse expérimentale d’écoulement réactifs ou non-réactifs turbulents à l’aide de diagnostiques optiques.  

Qui êtes-vous ? 


Je m’appelle Corine Lacour. Je suis diplômée de l’INSA Rouen, spécialité Energétique et Propulsion en 2002. La même année, j’ai reçu le diplôme de DEA (aujourd’hui remplacé par Master 2 recherche) de l’Université de Rouen en Aérothermochimie. J’ai ensuite réalisé une thèse au laboratoire CORIA (CNRS UMR 6614) sous la direction de Mr A.Boukhalfa et co-encadrée par D.Honoré. J’ai travaillé avec GDF (aujourd’hui Suez) sur la stabilité des flammes partiellement prémélangées. 

Après ces années de doctorat, j’ai fait des séjours post doctoraux en Allemagne à Stuttgart puis au laboratoire de l’Ecole Centrale Paris (EM2C, aujourd’hui CentralSupéléc). A la suite des ces expériences, j’ai été recrutée à l’IFPEN en tant qu’ingénieur-chercheur sur l’efficacité énergétique des moteurs à combustion interne. 

Riche de cette expérience de 3 ans, j’ai intégré l’INSA Rouen en 2009 en tant que Maitre de Conférence. Mes travaux de recherche ont lieu au laboratoire CORIA et concernent l’analyse expérimentale d’écoulement réactifs ou non-réactifs turbulents à l’aide de diagnostiques optiques. Mas activités d’enseignement se font majoritairement dans le département Chimie et Procédés.







Qu’est-ce qui vous a mené vers ce domaine de spécialité ? 


Au cours de mes études, j’avais beaucoup d’intérêt pour la mécanique des fluides et la thermodynamique. Mes stages en entreprises m’ont donné l’envie d’étudier les phénomènes physiques plus en profondeur avec des outils expérimentaux et cela m’a mené naturellement vers une thèse en mécanique des fluides expérimentale. 

Un évènement marquant de votre carrière ? 


Les soutenances de thèse des étudiants que j’ai co-encadré ont été des moments importants car c’est pour eux l’aboutissement d’un projet pour lequel ils se sont beaucoup investis et le début d’une nouvelle vie!





Donnez un exemple d’application de votre travail. 


Une application de mes travaux de recherche concerne les interactions entre flammes et décharge électriques. La stabilisation de flamme turbulente par décharge plasma de type NRP (nanoseconde répétitive pulse) est particulièrement intéressante, et les résultats obtenus par Nelson Valdez, doctorant dans le cadre de l’ANR PASTEC montrent que l’on peut stabiliser des flammes à des richesses très faibles grâce à des décharges très peu énergétiques. On pourrait donc consommer beaucoup moins de combustible tout en polluant moins pour la propulsion aéronautique. Les enjeux sont maintenant de mieux comprendre quels sont les mécanismes physiques qui permettent de stabiliser la flamme grâce à la décharge. Pour cela, plusieurs diagnostics optiques (Vélocimétrie par Image de Particules, Fluorescence Induite par Laser, Diffusion Raman Spontanée) sont utilisés afin de caractériser l’écoulement réactif autour de la décharge. Dans le contexte énergétique actuel, l’hydrogène en tant que combustible est également un de mes axes de recherche. En effet, il présente l'avantage d'être un combustible décarboné qui ne génère que de la vapeur d'eau lors de son oxydation et pouvant être produit à partir de procédés bio-sourcés. Utilisé comme un dopant pour les systèmes de combustion actuels, qu’il s’agisse de flammes turbulentes stabilisées sur des brûleurs industriels ou de moteur à combustion interne, il présente un potentiel très intéressant.



Quels sont les enjeux de votre travail ? 


Mes travaux de recherche concernent les systèmes énergétiques. Il peut être question de stabilisation de flamme dans des conditions critiques à l’aide de décharges électriques ou d’addition d’Hydrogène. J’étudie également les écoulements turbulents et les interactions des structures dynamiques au sein de ces écoulements: ces études s’appliquent aux écoulement internes moteur ou encore dans le sillage des pales d’éoliennes. Je participe à un projet ANR nommé DYNEOL porté par mon collègue Vincent Moureau dont l’enjeu sociétal est l’optimisation de la performance énergétique des éoliennes. En effet, dans le cadre de ce projet nous avons engagé les travaux de thèses de Majd Armaly et nous allons caractériser, grâce à des techniques expérimentales (tomo-PIV) le sillage aérodynamique provoqué par une pale d’éolienne et nous allons étudier comment ce sillage turbulent formé de structures cohérentes peut impacter une pale d’éolienne située en aval dans ce sillage.


Je suis également intéressée par la combustion de la biomasse sous forme de pellet. Ce mode de combustion est de plus en plus déployé à l’échelle des particuliers, pourtant les émissions, et en particulier les émissions de particules ne sont pas négligeables.  Deux travaux sont menés en parallèle, à l’échelle d’une chaudière de 20kW et également à l’échelle d’un seul échantillon de biomasse. Les techniques expérimentales utilisées permettent de mieux caractériser les phénomènes mis en jeux, leur temps caractéristiques mais également les émissions induites.

Que diriez-vous pour convaincre une jeune fille de s’engager dans la même voie que vous ? 


Il ne faut pas se fixer de limite dans ses objectifs. La recherche en physique est un milieu encore très masculin mais les femmes y ont toute leur place. Le plus important est de s’interroger sur son envie, ses motivations pour s’engager dans la voie de la recherche.

Quel est votre vision/définition de la science ? Et son rôle dans le monde actuel ?

 

De mon point de vue, la science doit occuper une place importante dans la société actuelle. Je suis persuadée que si les prises de consciences politiques et civiles évoluent au sujet du changement climatique, c’est grâce aux alertes données par les chercheurs à l’appui de données validées par la communauté scientifique.

D’autre part, on voit surgir de plus en plus de fausses idées ou même de conspirations dans la société, est-ce par manque de crédibilité de la communauté scientifique ?

Selon vous, quel est le plus grand défi auquel nous devons faire face aujourd’hui ? Et en quoi votre recherche contribuerait-elle à le relever ? 


Le plus grand défi actuel est à mon sens la transition énergétique qui doit s’engager rapidement pour imiter la tendance au réchauffement climatique. A mon niveau, je peux apporter quelques connaissances supplémentaires pour permettre d’optimiser les systèmes de combustion dont nous ne pourrons nous passer à courte et moyenne échéance (industrie, transport terrestre et aéronautique, chauffage). Quand au projet auquel je contribue sur l’étude du sillage aérodynamique d’une pale d’éolienne, les résultats obtenus par le consortium pourraient permettre la mise en place de parc éolien à grande échelle tout en conservant une bonne performance de chaque éolienne. Je suis également très enthousiaste quand il s’agit de recherches concernant l’utilisation de l’hydrogène pour décarboner nos systèmes de combustion actuels.

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